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Entretien avec M. Laurent Battut, Président du VALTOM (Syndicat de valorisation et de traitement des déchets ménagers du Puy-de-Dôme et du nord de la Haute-Loire)

28/02/2018 | Thème(s) : Collectivité - Réglementation

imageLa loi sur la transition énergétique impose une valorisation de la matière organique pour 2025. Le nouveau "Paquet Economie Circulaire" européen avance même cette obligation à 2023.

RCC AURA : Quelles solutions le VALTOM a mis en place pour anticiper cette réglementation ?

Les volumes de production de déchets organiques sont tels que leur réduction et leur valorisation a toujours été un axe important de la politique du VALTOM bien avant l’évolution de la réglementation.

C’est pourquoi, depuis la création de notre structure en 1997, nous conduisons des actions annuelles de promotion du compostage individuel de jardin. Ce dispositif a permis la mise en place de 52 000 composteurs sur notre territoire pour détourner annuellement de la poubelle près de 8 700 tonnes de déchets.

Au vu des enjeux que représente la gestion des déchets organiques, dès 2003, le syndicat a instauré le compostage collectif des déchets végétaux à l’échelle industrielle. Aujourd’hui sur le territoire, plus de 40 000 tonnes de déchets sont traitées sur 5 plateformes de broyage et 3 plateformes de compostage. Parallèlement, avec la production de broyat provenant de nos plateformes, des agriculteurs locaux pratiquent le co-compostage à la ferme.

De plus, un méthaniseur au sein du pôle Vernéa valorise les biodéchets de 2 collectivités de notre territoire ayant mis en place la collecte sélective de ces déchets, soit près de 12 000 tonnes en 2017.

La politique de réduction des déchets à la source que nous menons depuis 2007 nous a également amené à développer d’autres formes de compostage au plus près de la population et donc de la production tel que le compostage en pied d’immeuble (82 résidences équipées), de quartier (6 sites partagés) et en établissement (18 composteurs de grande capacité en activité).

Au-delà de la quantité de déchets organiques détournée de la poubelle, il nous paraissait essentiel d’intégrer ces nouvelles pratiques dans des actions plus globales visant à générer une prise de conscience et un changement de comportement. C’est pourquoi, 2 actions phares ont émergé. Notre dispositif Etablissements témoins, qui permet de bâtir avec les élèves un projet personnalisé de réduction des déchets et notamment des déchets organiques au sein des établissements scolaires, est essentiel pour former les citoyens de demain.

OrganiCité©, programme personnalisé de réduction et de valorisation des biodéchets est une autre de nos actions emblématiques. En effet, après diagnostic, nous proposons à des communes et communautés de communes volontaires des solutions locales de gestion de leurs biodéchets sur 3 thématiques : le compostage, le jardinage au naturel et le gaspillage alimentaire. 12 collectivités et près de 85 000 habitants sont concernés par ce dispositif en 2017 avec des résultats très encourageants tel que la réduction du gaspillage alimentaire de l’ordre de 40%.

RCC AURA : Quelles difficultés anticipez-vous pour une mise en place généralisée de valorisation des biodéchets à l'échéance 2023 ?

Au-delà de l’échéance réglementaire qui impose une généralisation de la valorisation des biodéchets, la principale difficulté à laquelle nous sommes confrontés réside dans les profils différents des territoires inclus dans notre périmètre (urbain, rural, touristique,…) et la multitude d’acteurs et de solutions envisageables. Aujourd’hui, nous avons mené un grand nombre d’actions, il nous faut désormais organiser cela à l’échelle du département et en prévision de l’application des directives réglementaires. C’est pourquoi, une étude est en cours sur l’ensemble de notre territoire en vue de bâtir un schéma territorial de gestion des déchets organiques qui nous permettra d’intégrer ces objectifs nationaux.
La seconde difficulté réside dans l’application de la loi. En effet, les producteurs de plus de 10 t de biodéchets par an (soit des restaurants à 250 à 300 repas par jours) doivent depuis le 1er janvier 2016 mettre en place un tri séparé des biodéchets en vue de leur collecte et leur valorisation. Or, cette échéance est loin d’être respectée !

RCC AURA : Notre réseau Compost Citoyen Auvergne Rhône Alpes, dont votre structure fait partie, encourage prioritairement des actions permettant d'éviter le transport des déchets, comme par exemple le compostage et le paillage chez les particuliers, le compostage en pied d'immeubles, la tonte mulching sur pelouse et sur feuilles. Ces pratiques qui présentent de nombreux avantages pour les particuliers (moins de travail et de transports, gratuité du paillis, ...) et des bénéfices sociétaux importants : pollution liée à la collecte sélective et au traitement sur plateforme réduits, une implication citoyenne et de la convivialité, ... mettent par contre du temps à temps à se généraliser. Existe-il à votre avis des stratégies et des moyens pour faire évoluer plus rapidement ces habitudes ?

Une des stratégies pour faire évoluer les comportements est la démonstration par l’exemple. En effet, si nous démontrons que ces actions sont possibles, bénéfiques au niveau environnemental, économique et social et cela sans imposer de nouvelles contraintes aux usagers, ces pratiques pourront se développer.
De plus, quand nous conduisons de nouvelles actions, nous nous appuyons sur des personnes extérieures motrices, motivées et impliquées qui sont de véritables relais de proximité sur le terrain.
Sans ces éléments, il semble très difficile de s’orienter vers un changement de comportement pérenne car cela implique un véritable accompagnement personnalisé et donc d’importants moyens humains.

RCC AURA : A quelle échéance faut-il travailler ? Est-il politiquement défendable pour un syndicat comme le vôtre d'engager du personnel qualifié pour remplir cette mission ?

Initier de nouvelles pratiques nécessite des délais importants. Il ne faut pas raisonner en durée de mandat. Nous semons des graines depuis près de 20 ans et nous commençons juste à en récolter les fruits. Le VALTOM et l’ensemble de ses collectivités adhérentes en charge de la collecte sont aujourd’hui organisés et identifiés comme des référents et experts en la matière.
Notre personnel est qualifié. Notre équipe comprend 2 maîtres composteurs passionnés qui ont été formés dès leur arrivée. Il nous semblait indispensable de connaître et maîtriser parfaitement ces pratiques pour pouvoir en faire la promotion.
En effet, il s’agit d’un investissement sur le long terme, qu’il nous faut évaluer régulièrement pour s’adapter et faire évoluer notre dispositif le cas échéant. Il s’agit alors d’une force collective, qui nous permettra de conforter nos actions et de les inscrire dans la durée.

*VALTOM
9 collectivités
547 communes
705 000 habitants