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Un exemple de gestion de grosses quantités à la Banque Alimentaire de Savoie

21/05/2019 | Thème(s) : Gestion de proximité - Gros producteurs

imageLa banque alimentaire récupère les invendus dans les grandes surfaces (loi de février 2016, lutte contre le gaspillage alimentaire), effectue un tri et redistribue à une quarantaine d’associations. Ainsi sur indications des assistantes sociales ce sont plus de 6500 repas/jour qui peuvent être distribués. Cette banque alimentaire (aucune ne se ressemble) fonctionne avec 150 bénévoles et un très petit budget (250 000 euros).

Au début, l’expérience de compostage a été abordé avec la culture de compostage partagé, sans porter attention à l’estimation initiale de 40 tonnes par an et grâce à un accès facile à des modules déclassés mobiles permettant de construire des bacs gratuitement. L’expérience a duré environ deux ans, l’établissement était amené à déménager à cette échéance. La découverte des nouveaux locaux a montré rapidement que le compostage ne pourrait pas suivre le déménagement. La banque alimentaire ne paye pas de redevance spéciale, elle n’a donc pas de motivation forte à faire des économies sur les déchets. Ce n’est pas un coût pour l’entreprise juste une charge assumée par la collectivité.

Les enseignements :
Sur le diagnostic préalable : 15 jours de pesée donnent une idée mais pas une trajectoire. Parmi les nombreuses variables qui ont influencé le processus :
Il a fallu tout d’abord comprendre que la production de compost est une phase à part entière de la production générale et donc de l’organisation de l’établissement, même si l’atelier était situé hors les murs.
Cette période a aussi été marqué par l’amélioration des relations avec les supermarchés : la qualité et les quantités de la collecte se sont améliorées. Donner n’est plus jeter à la poubelle. De plus cela a été amélioré par une meilleure connaissance du rythme des grandes surfaces : les dons sont plus importants certains jours de la semaine ou après un grand week-end.
La qualité du tri s’est aussi beaucoup améliorée en partie grâce aux retours de l’équipe compostage (emballages, élastiques). Les équipes de tri sont passés d’une étape où tout le rebus était jeté à une étape où les trois filières : les bénéficiaires, la nourriture pour animaux, et le compost s’organisent de mieux en mieux.

Pour être complet, le diagnostic préalable doit aussi croiser plusieurs objectifs : solidarité, lutte contre le gaspillage alimentaire et aussi pour certains bénévoles : l’insertion (inclusion) sociale et professionnelle.
Le diagnostic initial aurait dû être complété par une observation (compréhension) attentive du mode de fonctionnement de l’établissement : comment sont réparties (ou non) les responsabilités : le rôle des salariés, des bénévoles ayant des responsabilités, la nature du contrat moral passé avec les autres bénévoles... Les fonctions de formation et d’accompagnement des bénévoles doivent être particulièrement identifiées. Souvent les bureaux d’études qui interviennent dans les entreprises sur les questions d’économies d’énergie, de gestion des déchets se font accompagner d’un spécialiste en organisation et management des entreprises.
Toutes ces variables ont joué dans le passage d’un prévisionnel de 40 tonnes à plus de 80 tonnes an.

Cette augmentation a-t-elle eu un impact sur la production de compost ?
Oui sur la fatigue humaine, ce n’est pas la même chose de brasser 40 tonnes ou son double. Non sur la qualité du compost qui, en ce mois de mars, termine tranquillement son mûrissement dans les jardins des 150 bénévoles, dans des jardins partagés ou dans des jardins familiaux. Non sur la transformation de l’organisation de l’établissement. Parmi les 4 ou 5 solutions proposées, compostage chez un paysan, plate-forme avec d’autres gros producteurs, c’est la méthanisation au lycée agricole voisin qui a été retenue, la collectivité locale accompagnant la banque alimentaire pour le transport. L’effort fait sur la qualité du tri pouvait être prolongé.
Parallèlement la banque alimentaire a profité du déménagement pour améliorer sa gestion des cagettes, des cartons, des contenants pour les différents transferts.
Cependant, même avec une perspective de 40 tonnes, la question de la mécanisation des tâches aurait dû se poser au démarrage et le projet construit avec cette perspective : le broyage des plus grosses pièces, brassage et tamisage sont à mécaniser. La gestion des jus doit aussi être anticipée. Le seuil de passage à la mécanisation est probablement proche de 10 tonnes an selon mon expérience et les conditions de réalisation de cette expérience.

Rédacteur : Jean-Louis Darmet, membre du CA du RCCAURA et bénévole à la Banque Alimentaire